09 octobre 2026
Tribune Olympio Kyprianou-Perrimond, directeur de la Fédération SOLIHA
09 octobre 2026
Tribune n°456620 – Publié le 09/10/2026 sur News Tank Cities
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L’avenir de SOLIHA s’invente dans les territoires
Il y a un peu moins d’un an, je prenais la direction générale de la Fédération SOLIHA après un été de crise : fermeture des plateformes Anah, plans de licenciements économiques, perspectives budgétaires difficiles. Depuis notre Mouvement a connu des mois difficiles. L’adoption très tardive du budget de l’État a entraîné une nouvelle fermeture des plateformes Anah et un conventionnement tardif des dispositifs du Logement d’abord portés par les associations qui ont dû faire d’importantes avances de trésorerie. Sur les 120 associations du réseau, quatre ont été placées en liquidation judiciaire et les autres ont engagés des restructurations profondes.
Ces situations ont rappelé la vulnérabilité de certains de nos modèles économiques et il faut les regarder en face. Mais elles ne disent pas que notre modèle associatif serait dépassé. Je pense même exactement l’inverse : ce que j’ai vu, sur le terrain cette année, m’a d’abord frappé par la force de l’engagement. Dans les associations en restructuration, salariés et bénévoles se mobilisent pour maintenir l’activité et continuer d’accompagner les ménages. Dans celles mises en liquidation, nonobstant les fautes lourdes de certaines directions ou gouvernances, les collègues restants s’impliquent jusqu’au dernier jour, cherchent des solutions, transmettent les dossiers, sécurisent les situations les plus fragiles.
Cette responsabilité collective dit quelque chose de profond de notre Mouvement : SOLIHA n’est pas seulement un réseau d’opérateurs. Issu de la société civile, le Mouvement SOLIHA est composé d’associations d’intérêt général et inscrit dans l’économie sociale et solidaire. Cette nature n’est pas un supplément d’âme mais elle explique une part essentielle de notre capacité d’action.
De la responsabilité associée à des compétences
Notre première force est notre présence territoriale. Les politiques du logement ne s’appliquent jamais dans un territoire abstrait. Les besoins ne sont pas les mêmes dans un centre ancien dégradé, une métropole tendue, une petite ville, un territoire rural ou ultramarin. Les associations SOLIHA connaissent ces réalités parce qu’elles y travaillent chaque jour. Elles savent repérer une copropriété qui décroche, accompagner un propriétaire modeste, convaincre un bailleur de louer à un ménage fragile ou permettre à une personne âgée de rester chez elle. Cette connaissance se construit dans la durée, par l’expérience et par la confiance.
Notre 2e force est notre expertise. Être associatif exige de la responsabilité associée à des compétences. Les équipes SOLIHA réunissent travailleurs sociaux, architectes, urbanistes, techniciens, conseillers habitat et gestionnaires locatifs. En intégrant le Mouvement, à SOLIHA Provence, il y a cinq ans, j’ai été frappé de la richesse née par le croisement de ces compétences que l’action publique, où j’avais jusqu’ici effectué mon parcours, sépare trop souvent. Notre savoir-faire ne se retrouve pas ailleurs !
Nous défendons une conviction : l’accompagnement des personnes vulnérables ne peut pas être réduit à une prestation comme une autre. Il relève de l’intérêt général. Sa qualité dépend du temps consacré à la personne, de la continuité de la relation et de la capacité à articuler des réponses sociales, techniques et financières. Pour autant, les associations SOLIHA ont su s’adapter aux transformations de la commande publique. Elles répondent à des marchés, tiennent des engagements de coût et de délai, évaluent leurs actions et rendent compte de leurs résultats. Il n’y a donc pas à opposer culture associative et rigueur économique.
La Fédération devra être plus présente
Notre responsabilité est de tenir les deux. Une association qui veut durer doit connaître ses coûts, piloter son activité et anticiper ses risques. La solidarité n’exonère jamais de la responsabilité de gestion. Mais la gestion n’est pas une finalité.
Notre 3e force est notre capacité d’invention. L’histoire de SOLIHA est faite de réponses nées localement avant d’être reprises ou reconnues par les politiques publiques. C’est la richesse d’un réseau décentralisé. Cette décentralisation permet l’expérimentation, l’initiative et l’adaptation, au moment où il est nécessaire de réinventer les politiques du logement.
Mais cette organisation doit aujourd’hui franchir une nouvelle étape. La Déclaration de Lyon, adoptée en avril par notre Mouvement, engage une solidarité nouvelle entre ses membres. SOLIHA s’est construit de manière décentralisée, par l’agrégation progressive d’associations enracinées dans leurs territoires. Cette histoire ne doit pas être effacée. Elle doit être prolongée par une capacité plus forte à agir ensemble.
Face à des erreurs voire des fautes de gestion (comme celles révélées récemment concernant SOLIHA Haute-Garonne & Méditerranée), la solidarité entre membres ne peut plus seulement rester une valeur. Elle doit devenir une organisation qui permettra de contrôler la qualité du service d’intérêt général rendu, d’anticiper les fragilités, de partager des moyens, de mutualiser certaines fonctions, de soutenir une association en crise et, lorsque cela est nécessaire, de construire des réponses communes.
Cela modifiera profondément les relations entre les membres du Mouvement. Cela modifiera aussi leur relation avec la tête de réseau. La Fédération devra être plus présente et plus en capacité d’accompagner. Sans se substituer aux territoires, son rôle sera de créer les conditions de la robustesse collective, de faire circuler les savoir-faire et de transformer les innovations locales en force nationale. Notre réseau n’est pas uniforme mais je crois à un Mouvement plus solidaire, avec des règles partagées, des responsabilités assumées et une Fédération qui les encadre, coordonne et fait respecter.
Relier l’État, les collectivités et la société civile
Ainsi, au bout d’un an à la direction générale, ma conviction est que notre avenir ne réside ni dans le repli ni dans la centralisation. Il réside dans une articulation nouvelle entre autonomie locale et solidarité collective. Ce n’est ni de notre marque, SOLIHA étant récent, ni d’une position acquise, que vient notre légitimité, mais de notre utilité sociale, de notre compétence, de l’engagement de nos bénévoles et de nos salariés, et de la confiance construite dans les territoires.
Dans une période où les politiques du logement doivent être redéfinies, la France a besoin d’acteurs capables de relier l’État, les collectivités et la société civile, sans perdre le contact avec le terrain. C’est ce que SOLIHA sait faire depuis plus d’un siècle. La refondation engagée doit nous permettre de le faire, demain, avec davantage de solidarité. Une nouvelle force collective permettra de continuer à traduire nos ambitions en solutions concrètes : étendre l’hébergement temporaire chez l’habitant, aller vers les ménages des quartiers cumulant précarités sociale et thermique, développer un syndic d’intérêt collectif pour les copropriétés dégradées, co-construire le rafraîchissement des centres anciens ou transformer des ruines patrimoniales en habitat partagé.
Rubrique dirigée par Jean-Luc Berho