Partageons un toit, l’hébergement intergénérationnel temporaire

Sur le territoire MACS (Maremne Adour Côte-Sud), zone côtière la plus prisée des Landes, les logements abordables sont rares et chers. Et les demandes d’hébergement flambent, creusant l’écart avec une offre qui se raréfie. En expérimentant le déploiement d’une offre d’hébergement temporaire intergénérationnelle, Partageons un Toit ouvre une nouvelle voie.

Comme beaucoup de zones touristiques littorales, la communauté de communes Maremne Adour Côte-Sud (MACS) est un territoire où la tension du marché immobilier crée une équation sociale difficile à résoudre. Le taux de vacance des logements y est très faible : 3,9% en 2020 selon l’INSEE. Les demandes non satisfaites de logement sociaux exercent par ailleurs une pression croissante : 6,5 demandes pour une attribution en 2016, 11,7 demandes pour une attribution fin 2022. Enfin, les demandes d’hébergement d’insertion en hôtels sociaux sont elles aussi en forte hausse, avec une carence d’offres adaptées. Le Centre intercommunal d’action sociale (CIAS), qui gère les hébergements d’insertion pour le compte de la communauté de communes, a ainsi enregistré 66 demandes en 2022, pour seulement 27 en 2007.

Le logement au service d’un parcours d’insertion durable

On le sait, le logement et la mobilité sont deux conditions sine qua non pour construire des parcours d’insertion durables. Or les financements existants, via l’Allocation Logement Temporaire, ne permettent désormais plus de produire de nouveaux logements d’insertion. L’offre actuelle, insuffisante, ne peut dès lors pas être enrichie. D’où l’initiative conjointe du CIAS de MACS et de SOLIHA Landes de se saisir de l’opportunité créée par un appel à projets du Conseil départemental et de la DDETSPP des Landes, pour développer une solution alternative. Leur idée commune consiste en un dispositif innovant d’hébergement intergénérationnel temporaire chez l’habitant. Le concept en est simple, très adapté aux potentialités du territoire, où abondent les grandes maisons abritant des personnes seules et vieillissantes. L’hébergeur – un senior propriétaire-occupant – propose a minima une chambre meublée décente avec espaces communs partagés dans le logement qu’il occupe, en général seul. L’hébergé – les personnes seules sont ciblées pour la première année d’expérimentation – paie une faible redevance à SOLIHA, couvrant ses charges et reversée à l’hébergeur. Il bénéficie par ailleurs d’un accompagnement social individualisé vers le logement. Dans l’idéal, la cohabitation offre une accalmie bénéfique pour l’hébergé, crée des échanges conviviaux et du lien social, peut permettre de repérer des signaux faibles de fragilité chez le senior hébergeur et – pourquoi pas – susciter des vocations professionnelles dans le champ de l’aide et de l’accompagnement à domicile.

Une étape vers un logement autonome

« Tout est dans l’appariement des binômes, bien sûr. Nous y apportons le plus grand soin. » explique Emelyne Rabouille, responsable du service Accompagnement des personnes chez SOLIHA Landes. « Nous rencontrons tous les candidats hébergeurs, en écartant ceux qui, pensant se faire de l’argent, ne valident notre démarche sociale qu’à titre très accessoire ou en fixant trop de conditions. Les personnes en recherche d’un hébergement nous sont en général adressées par le SIAO. Parmi eux, des travailleurs pauvres, des auto-entrepreneurs ne parvenant pas à se loger, des personnes précarisées par des accidents de la vie, souvent originaires de la région et ne souhaitant pas la quitter. »

Le Département et la DDETSPP des Landes financent le coût de l’accompagnement social de proximité assuré par SOLIHA, jusqu’à hauteur de 10 binômes hébergeur/hébergé par an. À fin août 2024, deux binômes avaient été constitués. Parmi eux, une configuration qui n’avait pas été envisagée au départ, avec un chien de part et d’autre, et la question ultime : les chiens s’entendront-ils bien ? « La question des chiens est un vrai sujet pour les personnes en situation de précarité, parfois très attachées à leur animal. » indique Emelyne Rabouille. « Le comité de pilotage du projet a tranché : les animaux ne seront désormais plus autorisés. »

La solution Partageons un toit est calibrée sur 6 mois. « Cela peut paraître court. » reconnait Emelyne. « Mais comme nous avons la chance d’avoir toutes les communes de MACS et plusieurs personnes siégeant aux commissions d’attribution de logements autour de la table, tout le monde joue le jeu pour faciliter la sortie du dispositif, soit vers un logement pérenne et autonome, soit vers l’intermédiation locative à titre transitoire. Car nous disposons sur le territoire de plusieurs dispositifs différents, qui permettent un vrai parcours résidentiel. »

« Tout est dans l’appariement des binômes. Nous y apportons le plus grand soin. »

Emelyne Rabouille, SOLIHA Landes

 

 

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