Restaurer les personnes… et les estomacs

Cuisine 101

La Cuisine du 101 a été imaginée en complément à l’aide alimentaire. C’est un lieu culinaire où se sentir chez soi et où apprendre les uns des autres. Située dans l’un des quartiers les déshérités d’Europe, à Marseille, ce tiers-lieu hybride met également entre les mains des usagers – les « cuisiniers » – une programmation culturelle ancrée sur le territoire.  

Installée au cœur de Saint-Mauront, l’un des quartiers les plus pauvres d’Europe, La Cuisine du 101 est un lieu qui restaure, les personnes comme les estomacs. Le pari de ce tiers-lieu culinaire, ouvert à tous sans condition, est de donner la possibilité de venir préparer à manger, pour soi ou pour les siens, avec ses singularités, mais aussi de faire ensemble ou avec pour partager une culture culinaire et des recettes héritées. Mission support de l’aide alimentaire à Marseille, La Cuisine du 101 s’adresse prioritairement à des personnes sans domicile, venant de la rue, de squats, de bidonvilles ou d’hôtels meublés sans possibilité de cuisiner. 

Sortir de la dépendance alimentaire

Le contexte local est on ne peut plus demandeur : les nuitées hôtelières pour personnes sans domicile ont connu une hausse exponentielle, de même que le nombre de repas servis au titre de l’aide alimentaire. Cela sur fond d’augmentation dramatique du nombre de refus donné par le 115, du fait d’un manque criant de solutions d’hébergement et de logement sur Marseille. 

Pour Christine Charnay, directrice du pôle Développement et Innovation sociale de SOLIHA Provence :

« L’entière dépendance à l’apport extérieur de nourriture laisse des traces traumatiques dans cette population déjà vulnérable. L’idée, à La Cuisine du 101, est d’apprendre aux « cuisiniers » à s’autonomiser par rapport à leur situation de précarité alimentaire, en apprenant quoi faire avec les produits apportés ou donnés. Le lieu développe une offre hybride de cuisine « comme à la maison », avec la possibilité de manger sur place et d’inviter familles et amis à partager un repas. » 

Une programmation culturelle autogérée

Cet objectif d’encapacitation s’illustre aussi par une programmation culturelle aux mains des usagers du lieu, et ouverte au territoire. Baptisée La Cuisine en Vadrouille, la dimension culturelle du projet se matérialise par la programmation participative d’activités et d’événements qui étendent leurs tentacules dans tout le quartier, en coopération avec une petite vingtaine de partenaires. À la clé, des soirées mensuelles (« Les Voisinages »), avec par exemple des spectacles et expositions artistiques associés à de grands buffets dans l’espace public, cela pour valoriser le savoir-faire culinaire d’un collectif d’habitantes (LIRA), ou encore de résidents de CHRS, etc.

La coopération au cœur du modèle

Un tiers-lieu est par essence un modèle d’organisation ouvert et collaboratif. 

Et de fait, la dynamique de coopération est au cœur du projet de La Cuisine du 101 et au centre des missions confiées à Marie Meyer-Bisch, coordinatrice du lieu, depuis son recrutement à l’été 2023. «SOLIHA Provence m’a missionnée pour que La Cuisine du 101, à ses tout débuts à mon arrivée, soit un tiers-lieu répondant à une utilité territoriale et s’inscrive dans les nombreuses dynamiques militantes et associatives existantes dans le 3e arrondissement de Marseille. » raconte-t-elle. « C’est ainsi que SOLIHA a décidé de nouer des partenariats visant à mutualiser les ressources et les matériels avec d’autres espaces socio-culturels ou culinaires, cela pour soutenir les nombreux collectifs d’habitants cherchant à s’autonomiser – donc à autofinancer des projets dans le champ de la santé, du logement etc. – cela via des missions de traiteurs de rue et via l’organisation de repas partagés et payants dans l’espace public. » 

L’augmentation du pouvoir d’agir est sans doute la vraie plus-value du projet : les bénéficiaires renouent avec la fierté de nourrir leurs familles et leurs voisins. Ce faisant, ils réactivent leur estime d’eux-mêmes pour oser entreprendre et se battre pour faire valoir leurs droits au quotidien. Pour Christine Charnay, un nouveau paradigme s’expérimente autour de La Cuisine du 101, où « La personne n’est plus un problème posé aux professionnels, qui doivent le résoudre, mais partie intégrante de la solution ». 

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