29 juillet 2026
Habitat inclusif avec supplément d’imagination
14 mars 2025
Un adulte présentant des troubles du spectre de l’autisme a envie, comme tout autre adulte, de vivre chez lui de manière autonome, même s’il a besoin d’aide et de soutien au quotidien. Avec DALIAA, SOLIHA Loire – Puy de Dôme a imaginé une solution novatrice d’accès au logement accompagné très social.
Jusqu’à la loi ELAN de 2018, qui proposa une première définition de l’habitat inclusif, et surtout jusqu’au Rapport Piveteau-Wolfrom de juin 2020, qui pour la première fois développa le concept et en définit les contours, le logement des adultes en situation de handicap était le plus souvent synonyme de foyer-logement. Aujourd’hui encore, l’écrasante majorité des personnes présentant des troubles du spectre de l’autisme vivent, à l’âge adulte, dans des structures non spécifiques, inadaptées à leurs besoins et à leurs capacités.
Avec le Dispositif d’accompagnement au logement inclusif pour adultes présentant des troubles de l’autisme (DALIAA), SOLIHA Loire – Puy de Dôme, sollicité par l’association familiale Autistes dans la Cité, fait un pari osé, expérimental et partenarial : celui de l’habitat accompagné comme solution d’autonomisation de très long terme de jeunes adultes autistes.
Un accompagnement personnalisé en sus
DALIAA, ce sont 7 logements très sociaux situés au centre-ville de St Étienne, dont un logement tremplin de transition, qui accueille de jeunes adultes se questionnant sur leur capacité à vivre seuls hors institution. L’immeuble a été acquis par SOLIFAP, la société d’investissement de la Fondation Abbé Pierre et donné à bail de réhabilitation à SOLIHA, pour 35 ans. SOLIHA exerce la maîtrise d’ouvrage du projet et la gestion locative sociale des logements.
Le dispositif prévoit un accompagnement personnalisé des locataires, plus approfondi qu’il ne l’est habituellement en habitat inclusif. Du fait de la vulnérabilité particulière du public accueilli, DALIAA bénéficie en effet de financements dérogatoires de l’Agence Régionale de Santé, du département de la Loire et de contributions de fondations privées, qui permettent de proposer aux locataires un accompagnement social et médico-social dans le logement. Deux travailleurs sociaux coordinateurs de parcours et un psychologue dédié se relaient pour soutenir les locataires dans leurs actes de la vie quotidienne et dans leurs choix de vie sociale, professionnelle, affective ou familiale. Cet accompagnement fait l’objet d’un co-portage par la fondation COS et les PEP 42.
Stabilité assurée
Pour Alice Olivan, locataire DALIAA, cet accompagnement fait toute la différence : « J’ai 20 ans. Je ne suis pas totalement indépendante, à cause de mon syndrome de fatigue chronique et de mon autisme, qui fait que j’ai besoin d’une aide assez présente au quotidien. En général, les autistes ont du mal à sortir de chez eux, de chez leurs parents. Pour moi, accéder à un logement, c’est accéder à une indépendance, que tout être humain est censé avoir à un moment donné dans sa vie. Avoir des gens sur place qui peuvent aider au moindre pépin, c’est un vrai « plus ». Être entre personnes autistes, ça aide aussi : on aura différentes problématiques, des points forts et des points faibles et certains pourront s’entraider. »
Au sein de DALIAA, le logement est attribué sans limite de durée. « L’idée est d’éviter les ruptures de parcours », confirme Isabelle Bru, responsable Maîtrise d’Ouvrage d’Insertion et Patrimoine chez SOLIHA Loire – Puy de Dôme. « Les jeunes autistes ont besoin de stabilité. DALIAA doit donc leur permettre d’établir des repères durables, gages de consolidation voire de progression dans leurs acquis. »
Un essaimage qui pose question
Le projet DALIAA a eu un large écho dans le (petit) monde de l’autisme et du handicap. « Beaucoup d’associations nous contactent, désireuses de mettre en œuvre un dispositif semblable. » confirme Isabelle Bru. « La réalité est qu’en matière d’habitat inclusif, il faut se montrer très imaginatif pour chercher des sources de financement des espaces partagés. Autant les organismes de retraite jouent le jeu dans le champ du grand âge, autant ce financement reste problématique dans le champ du handicap. » La mécanique à l’œuvre est simple à comprendre, quoique difficile à résoudre. Toutes les personnes en situation de handicap sont éligibles aux minimas sociaux, donc au logement très social, avec loyers très bas. Pour des dispositifs qualitatifs comme DALIAA, l’équilibre économique des opérations est dès lors difficile à trouver. Et pourtant… Investir dans ce type de projet est bien moins coûteux pour l’État (via l’APL et l’aide à la vie partagée) que lorsqu’il s’agit de couvrir des prix de journée en foyer-logement etc.
« Pour moi, accéder à un logement, c’est accéder à une indépendance, que tout être humain est censé avoir à un moment donné dans sa vie. »