Reconstruire et se reconstruire, la pension de famille « Les Nations »

CVL - PF Les Nations

Pas de résidents dans la pension de famille des Nations, mais des habitants. Pas d’usagers, mais des maîtres d’usage, associés pas à pas à toutes les décisions prises à chaque étape du projet. Si Les Nations est une réalisation hors du commun, c’est par son essence participative donc, mais aussi la dynamique collective initiée, qui irradie à l’échelle de tout le quartier à Châteauroux.

Un immeuble d’anciens logements d’instituteurs désaffecté et entièrement réhabilité, un second bâtiment construit ex nihilo, un ascenseur à la jonction des deux, des espaces privés reliés par une coursive extérieure ouverte sur la rue, un jardin d’agrément et potager à l’abri des regards des passants : Les Nations, située dans le quartier du même nom à Châteauroux, est une création architecturale qui se remarque. Cette 7e pension de famille de SOLIHA Centre-Val-de-Loire, ouverte en 2022, loge 25 personnes aux profils très divers – de 38 à 74 ans – pour la plupart anciens résidents d’une maison-relais préexistante, rachetée par SOLIHA en 2014 : un site à la fois inadapté au public accueilli… et infesté de cafards.

Un projet conduit de A à Z avec les habitants

Les personnes vivant aux Nations ont en commun une situation de désocialisation et un besoin de trouver de la sécurité pour reprendre souffle et se reconstruire. Ici, pas d’échéance et aucune forme de pression à la sortie du dispositif : les habitants restent aussi longtemps qu’ils le souhaitent, la seule limite étant leur autonomie au quotidien.

La Fondation Abbé Pierre a participé au financement du projet. Les Nations, affiliées au réseau national de pensions de famille de la Fondation, bénéficient aujourd’hui de son expérience en matière d’analyse de la pratique, ou encore d’entretien de la dynamique collective.

En adéquation avec le projet social de SOLIHA, la pension de famille des Nations a été conçue de A à Z avec ses futurs habitants. « Une démarche de co-construction dans laquelle nous avons embarqué les professionnels extérieurs – notamment le cabinet d’architectes – qui ne sont pas forcément habitués à travailler avec les usagers. » raconte Olivier Latissiere, directeur des pensions de famille à Soliha Centre-Val-de-Loire. « Notre rôle à nous, SOLIHA, était de valoriser cette parole des futurs habitants, de faire en sorte qu’elle soit entendue, que leur rythme soit respecté. Les réunions étaient souvent très longues, et les intéressaient énormément. Il y a eu beaucoup d’explications et de pédagogie, sur les consommations d’énergie, sur le gaspillage alimentaire. Avec de vraies prises de conscience, qui se traduisent aujourd’hui dans les comportements des habitants. »

Un bâtiment vecteur de liens

Une grande salle à manger, une cuisine partagée, un petit salon TV, une salle de réunion ouverte aux habitants, une grande réserve alimentaire, une buanderie, une terrasse, un jardin… Aux Nations, les espaces communs ont été pensés et modelés avec leurs utilisateurs du quotidien. Adaptés jusque dans les moindres détails aux besoins des habitants, ces espaces sont très investis. « Chacun a la clé : ils sont accessibles 24h/24, même hors de la présence de l’équipe professionnelle. Il y a donc une vie collective en dehors des animations proposées. » précise Olivier Latissiere. Des repas partagés et barbecues de soirées d’été aux séances de karaoké ouvertes aux voisins du quartier, d’ateliers culinaires en soirées dégustation de cocktails « maison », la pension de famille est vecteur de liens, et même d’ancrage social. Des couples se forment. Et alors même que certains habitant seraient en capacité d’évoluer vers un logement autonome, ils préfèrent rester, tant ils se sentent bien.

« Vivre chez soi, mais pas tout seul » reste le slogan fédérateur pour toutes et tous.

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