Coloc’Jeunes : à Douai, un dispositif de colocation solidaire pour les jeunes en rupture de logement
07 août 2026
07 août 2026
Depuis octobre 2025, SOLIHA Douaisis expérimente un dispositif inédit de colocation solidaire à destination des jeunes les plus éloignés du logement. Intitulé Coloc’Jeunes, ce projet né d’un partenariat avec le bailleur social Maisons & Cités, la Mission Locale de Douai et l’Union Nationale des Comités Locaux pour le Logement Autonome des Jeunes (CLLAJ), propose une réponse concrète à un constat alarmant : de plus en plus de jeunes se retrouvent à la rue, sans solution de logement adaptée à leur situation.
L’idée de Coloc’Jeunes est venue d’un constat tiré du terrain : l’accès et le maintien dans le logement est devenu un point de rupture majeur pour les jeunes en voie d’insertion. Peggy Drici, directrice générale de SOLIHA Douaisis, alerte : « Depuis quatre à cinq ans, on a plus de 40 à 50% de jeunes de moins de 25 ans sur les dispositifs de veille saisonnière ». A Douai, 37% des personnes sans domicile fixe ont entre 18 et 25 ans, un chiffre qui a doublé en deux ans.
Pour ces jeunes, souvent sortis de l’Aide sociale à l’enfance, l’accès et le maintien au logement autonome relève du parcours du combattant. Les bailleurs sociaux eux-mêmes renoncent parfois à louer à cause du risque d’impayés ; sur leurs six premiers mois de location, 30% des moins de 30 ans connaissent un impayé de loyer, quelle que soit leur situation sociale, et ce chiffre grimpe encore pour les jeunes isolés, en rupture familiale ou en début de parcours professionnel. Plutôt que de laisser ces jeunes dans la rue en attendant qu’ils basculent, à 25 ans, vers les dispositifs de droit commun liés au RSA, SOLIHA Douaisis a choisi d’anticiper. En octobre 2025, une première colocation a ouvert ses portes à Douai et accueille depuis trois jeunes hommes, âgés de 19 à 21 ans.
Coloc’Jeunes repose sur un montage original associant bail glissant et colocation. Maisons & Cités, le bailleur social partenaire de l’expérimentation, met à disposition des logements individuels de type T4 (trois chambres), le plus souvent rénovés pour l’occasion. SOLIHA Douaisis les sous-loue ensuite à des jeunes, et la colocation permet de réduire significativement la part à charge de chacun. Le financement du dispositif s’appuie sur une convention quadripartite entre SOLIHA Douaisis, Maisons & Cités, la Mission Locale et Prim’Toit, complétée par un accompagnement vers et dans le logement (AVDL) renforcé, qui en garantit la viabilité économique. Résultat pour les jeunes colocataires : un reste à charge d’environ 200 euros par mois une fois les APL déduites, charges d’eau, d’énergie et abonnement Wi-Fi compris.
L’installation des jeunes est également facilitée par des partenariats de terrain : l’association Cit’elles, réseau professionnel féminin de Maisons & Cités, a contribué à l’ameublement des chambres, tandis que des étudiants de l’école immobilière ESPI ont organisé des collectes pour équiper les logements.
Pour SOLIHA, l’enjeu ne se limite pas à attribuer un toit. L’expérience du terrain a montré les limites d’un relogement sans suivi : « On a tenté de reloger des jeunes qui avaient des ressources, mais on a eu des problèmes de voisinage, d’entretien du logement, et énormément d’impayés de loyer, parce que le budget ne suit pas », explique Peggy Drici. « On s’est rendu compte qu’il manquait un maillon d’accompagnement ».
L’accompagnement démarre ainsi avant même l’emménagement, avec trois ateliers collectifs consacrés à la préparation du relogement : gestion du loyer et du reste à charge, relations de voisinage, ou encore construction d’une frise prévisionnelle des ressources permettant à chaque jeune de visualiser et anticiper les conséquences d’une rupture de ressources (fin de formation, fin de contrat ou période de carence entre deux droits), et à l’inverse la trajectoire possible vers les indemnités France Travail.
Une fois installés, les jeunes conservent un référent à la Mission Locale pour ce qui relève de l’emploi et la formation. SOLIHA Douaisis prend le relai sur le reste du quotidien : accès aux soins médicaux, démarches administratives, budget, entretien du logement, et vie quotidienne.
Neuf mois après le lancement de la première colocation, le bilan est sans appel : « Ça se passe super bien. On n’a pas de rupture de parcours, et on a même obtenu un financement auprès de la DDETS pour l’accompagnement renforcé », se félicite Peggy Drici.
Le dispositif a même révélé un besoin qui n’avait pas été anticipé au départ : la lutte contre l’isolement de ces jeunes. Présentée au départ comme une étape transitoire vers le logement autonome, la colocation est finalement plébiscitée par ceux qui en bénéficient, rapporte la directrice de SOLIHA Douaisis : « Quand ils ont un coup de cafard, ou envie de voir quelqu’un, il y a toujours un coloc pour discuter. Aujourd’hui, plus un seul ne demande à passer en logement autonome ».
Fort de ces premiers résultats, Coloc’Jeunes a vocation à se déployer sur le territoire. Une nouvelle colocation doit voir le jour dès octobre sur le territoire de Coeur d’Ostrevent, tandis que Maisons & Cités recherche un troisième logement sur Douai. La SIA HLM a aussi sollicité SOLIHA Douaisis pour développer à son tour une offre de colocation jeunes. Plusieurs appels à projets et fondations ont également été sollicités, et un rendez-vous est prévu en septembre avec le Conseil départemental du Nord, qui pourrait ouvrir une ligne de financement dédiée au développement du dispositif.