29 juillet 2026
Du logement très social et très bas carbone
18 avril 2025
Produire du logement neuf très social, bas carbone, biosourcé, économe en énergie… et pas plus cher qu’en construction classique : une gageure ? C’est pourtant le défi relevé par SOLIHA Tarn, en réponse aux besoins des gens du voyage souhaitant se sédentariser. Un petit miracle, qui pourrait bien être duplicable pour d’autres publics, et sur d’autres territoires…
On peine à y croire a priori. Et pourtant les faits sont là : en concevant un procédé constructif novateur, à base de blocs de béton de chanvre, SOLIHA Tarn a démontré qu’il était possible de produire du logement neuf à très faible loyer, avec un impact environnemental minimal, cela en anticipant sur les futurs paliers de la Règlementation Environnementale (RE 2020) prévus en 2028 et même 2031.
Économiquement duplicable et socialement pertinent
Concrétisé en 2022 dans une première maison de 80 m2, construite sur une « dent creuse » – un petit terrain ne répondant pas aux critères des organismes Hlm – le modèle s’est avéré économiquement duplicable et socialement pertinent. Dans le cadre d’un bail signé avec la municipalité de Carmaux, engagée à reloger des gens du voyage suite à une procédure de RHI (Résorption de l’habitat indigne), trois autres maisons individuelles sont en construction à compter de septembre 2024. Ces habitations individuelles – des T3 de 65 m2 – abriteront des familles désireuses de se sédentariser du fait du vieillissement ou du handicap de certains de leurs membres. « Le projet a été calibré au plus près de leurs besoins, avec une construction de plain-pied, un auvent susceptible d’accueillir une caravane et un emplacement pour une cuisine extérieure. » explique Jérémy Tourtelier, chargé d’opérations chez SOLIHA Tarn. « Nous sommes au cœur de notre savoir-faire, qui consiste à proposer des parcours résidentiels associant plusieurs modèles d’habitat. »
Un modèle constructif original
« Avec l’aide d’un bureau d’études thermiques, nous avons étudié plusieurs solutions : maisons conteneurs, construction bois, construction en terre crue. » se souvient Joris Legros, responsable technique de SOLIHA Tarn. « C’est finalement la solution du bloc de béton de chanvre, un matériau biosourcé fabriqué à Besançon, qui a été retenue. Ceci pour un coût moyen équivalent à celui de la construction d’un pavillon classique (béton + laine de verre). »
Les avantages du modèle constructif retenu – une « boîte dans la boîte », avec une structure monomur de béton de chanvre isolante, et une garniture intérieure classique en placoplâtre, sans nécessité d’isolation rapportée – sont multiples. Hormis son impact carbone réduit, la solution offre un confort été/hiver hors pair, avec 80% de gain par rapport aux objectifs de la RE 2020, qui prévoit un maximum de 1250 heures d’inconfort par an, au-dessus de 26° de température intérieure. Beaucoup plus facile et rapide à mettre en œuvre que le bloc de béton ou la brique traditionnels, le bloc de béton de chanvre permet des gains de temps – donc de coûts de main d’œuvre – de l’ordre de 30%, ce qui compense le surcoût du matériau.
Les surfinancements, une condition sine qua non
« On ne peut produire ce type de logements – pas plus cher que la construction classique, mais toujours trop cher pour du logement très social – que si l’on bénéficie de surfinancements » précise Alexandre Wodzynski, directeur de SOLIHA Tarn. « Sur l’économie globale d’un projet, une fois le tour de table des financeurs de droit commun bouclé, il reste en effet 15 à 20% de coûts non couverts. C’est donc tout le paradoxe du projet : innovant et finançable pour les publics les plus précaires, sans revenus ou presque. Ainsi pour les gens du voyage, il existe une obligation légale pesant sur les intercommunalités (qui doivent prévoir des solutions de sédentarisation, donc du bâti en dur) et des financements complémentaires faciles à obtenir auprès de l’État. C’est également le cas avec les jeunes majeurs, dont le maintien en institution coûte très cher : le Conseil départemental du Tarn nous sollicite pour de petits logements locatifs neufs. Il y a donc une demande sur ces marchés de niche des publics en très grande précarité et une capacité à surfinancer par le Conseil départemental ce type d’opérations. »
Cerise sur le gâteau : l’impact du projet est finalement plus large que prévu. D’une part, SOLIHA a créé une SAS – ABELHA Constructions – dédiée au développement de son procédé constructif auprès d’entreprises ou de particuliers. D’autre part, SOLIHA suit le développement d’une chanvrière dans le Tarn, pour la transformation de chanvre cultivé régionalement.
« Innovant, le modèle économique est équilibré pour les publics les plus précaires, sans revenus ou presque, pour lesquels des surfinancements sont mobilisables. Ce qui est parfaitement en phase avec nos valeurs. »
Alexandre Wodzynski, directeur de SOLIHA Tarn